Je sais que je regretterais de ne pas écrire cet article. Alors le voici.
Il y a quelques jours, j'ai appris que le Bénin allait affronter l'Argentine. J'ai été surpris. Comment une telle rencontre avait-elle pu se décider ? Je me suis posé beaucoup de questions. Alors je me suis rapproché des réseaux sociaux pour comprendre, et petit à petit, tout s'est éclairci.
Un match d'adieu
C'était un match amical, joué le mardi 6 octobre 2026 au stade Monumental de Buenos Aires. Il s'agissait du dernier match de Lionel Messi avec l'équipe d'Argentine, sa 208e sélection. Le Bénin avait été choisi pour être son adversaire ce soir-là.
Ma première réaction : un sentiment d'injustice
En regardant une émission sur YouTube, j'ai entendu un intervenant dire que la dignité des Africains était bafouée. Il expliquait que le Bénin avait accepté de jouer selon des conditions fixées par l'autre camp.
D'après ce que j'ai lu, la fédération béninoise ne gagnait presque rien sur ce match : les recettes allaient presque entièrement à la fédération argentine, dans un stade de 85 000 places. La presse a aussi rapporté un voyage en plusieurs vols commerciaux, sans vol charter, et un hôtel en mauvais état.
Sur le moment, je me suis dit : il a raison. Je trouvais décevant qu'une équipe qui fait le déplacement ne reçoive presque rien des recettes. Je voyais la situation d'un mauvais œil.
Le match
Mais j'ai attendu le jour J, et j'ai regardé le match de la première à la dernière minute. J'ai beaucoup aimé la prestation de nos joueurs, et je les en remercie ici. J'aurais voulu qu'ils gagnent, c'est légitime : c'est mon pays. L'Argentine s'est finalement imposée 3-0, avec un but de Messi.
Mais c'était avant tout un match dans un contexte précis : rendre hommage à l'un des plus grands joueurs de l'histoire du football, un homme qui a marqué des millions de personnes. D'une certaine manière, l'issue de la soirée a été favorable aux deux camps.
Ce que j'ai compris en prenant du recul
Où est-ce que je veux en venir avec cette histoire de football ? J'ai compris une leçon importante.
Au début, je me disais que le pays n'était pas respecté, puisqu'il ne devait presque rien recevoir des revenus. Mais prenons un instant de recul. Sortons de la lecture sociale qu'on fait au premier regard.
Un match contre l'Argentine, aux côtés d'un joueur suivi par des millions de spectateurs. Un match où de jeunes joueurs béninois, longtemps inconnus, ont pu monter sur le terrain, montrer leur talent et être remarqués. Un match après lequel beaucoup plus de gens dans le monde sauront répondre quelque chose si on leur demande : « Tu connais le Bénin ? »
Pourquoi ? Parce que le Bénin a gagné quelque chose d'essentiel : de la visibilité. Une visibilité à l'échelle de la planète. Selon moi, ça vaut plus que de l'argent, parce que cette visibilité peut se transformer plus tard en recettes, si le pays sait en profiter. C'est une trace durable. Et sur mes réseaux, depuis le match, on parle beaucoup du Bénin et de joueurs béninois qui étaient très peu connus avant.
On peut donc regretter de n'avoir rien gagné financièrement. Mais le Bénin a quand même gagné : il s'est retrouvé sur le devant de la scène, face à une équipe très connue et à un joueur très respecté. C'est une forme de publicité. Peut-être qu'une partie de la dignité aurait dû être mieux protégée, et je ne prends pas ce sujet à la légère. Mais regardons aussi l'immensité de la partie positive, au lieu de ne voir que le négatif.
Une leçon qui vaut aussi pour nous
Ce que j'ai retenu, c'est que cette leçon s'applique à la vie de chacun.
On peut te dire : « Si tu fais ça, tu ne gagneras rien financièrement. » Au lieu de répondre : « Alors je ne le fais pas », on peut chercher d'autres types de gains, d'autres types de victoires.
Imagine un jeune homme qui, chaque soir après ses cours, aide un commerçant âgé de son quartier à tenir ses comptes et à ranger sa boutique. Il le fait pendant des années, sans être payé. Plus tard, ce commerçant ouvre un commerce plus grand et décide de lui en confier la gestion, pour son sérieux et pour la confiance qu'il a eue en lui. Et ce jeune homme, lui, a appris le métier sur le terrain pendant tout ce temps. C'est une petite histoire imaginaire, mais elle peut se passer ainsi, ou d'une autre manière.
Dans la vie, parfois on gagne, parfois on perd. Mais même quand on perd, je crois qu'on gagne quelque chose. Celui qui échoue dans le lancement de sa première entreprise a échoué, certes, mais il a gagné une expérience que personne ne pourra lui enlever. Celui qui rate un examen garde des connaissances qui lui serviront au prochain essai.
Penser par soi-même
Il ne s'agit pas toujours de suivre ce que la société considère comme normal ou comme une règle établie. Il s'agit de prendre du recul, de réfléchir par soi-même face à une situation et d'en tirer sa propre conclusion, même si ce n'est pas celle que tout le monde donnerait. C'est ce que j'ai essayé de faire avec ce match.
À quoi bon vivre en se plaignant toujours de ce qu'on n'a pas obtenu, au lieu de voir ce qu'on a obtenu ? L'échec fait mal. Et quand il s'agit de dignité, ce n'est pas à prendre à la légère. Mais il ne serait pas logique de rejeter toute une expérience à cause de sa mauvaise partie. Je préfère me demander : qu'est-ce que j'ai pu en tirer de bon ? Puis continuer à vivre.
Pour finir
Je lève ici mon voile d'observateur et je parle en tant que Béninois : je suis fier de la prestation de notre équipe nationale, même si le résultat final laisse un peu de déception. J'ai été fier de voir comment elle a tenu tête à l'Argentine, championne du monde 2022. Merci à nos joueurs. Je souhaite que ça continue et que nous progressions ainsi.