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Évoluer sans se trahir

Pendant longtemps, j'ai pensé que devenir une meilleure version de moi-même signifiait devoir abandonner une grande partie de ce que j'étais auparavant.

Je me disais qu'il fallait corriger mes défauts, changer mes habitudes, devenir plus discipliné, plus cultivé, plus éloquent, plus sérieux. Et dans cette volonté de progresser, il m'est parfois arrivé de regarder certaines parties de ma personnalité comme des choses qu'il fallait absolument supprimer.

Mais avec le temps, j'ai commencé à comprendre quelque chose de différent : évoluer ne signifie pas nécessairement tout remplacer.

Il faut parfois savoir regarder ce que nous sommes déjà devenus et nous demander : qu'est-ce qui mérite réellement d'être changé ? Qu'est-ce qui mérite d'être conservé ? Et qu'est-ce qui mérite simplement d'être amélioré ?

Cette réflexion m'est notamment venue en pensant à une habitude que j'ai depuis longtemps : regarder des films et des séries.

Lorsque j'étais adolescent, j'ai souvent été jugé pour cela. On ne comprenait pas toujours pourquoi j'aimais autant passer du temps devant des séries. Pour certains, c'était simplement du temps perdu.

Et pourtant, je ne les ai jamais regardées uniquement pour me divertir.

Lorsque je suis réellement attentif à ce que je regarde, j'observe les personnages, leurs décisions, leurs relations, leurs erreurs, leurs réussites, leurs manières de parler et les conséquences de leurs choix. Certaines histoires me permettent de découvrir des situations auxquelles je n'aurais probablement jamais été confronté dans ma propre vie.

Une série peut me faire réfléchir à la psychologie humaine. Un film peut me faire découvrir une époque. Une histoire peut me donner une idée. Un personnage peut me montrer une qualité que j'aimerais développer ou, au contraire, un comportement que je ne voudrais jamais reproduire.

Et je pense même que cette exposition répétée aux histoires a contribué à développer mon imagination et ma capacité à créer certaines choses lorsque j'écris.

Cela ne signifie évidemment pas que regarder des séries pendant des heures est une bonne habitude.

Je dois aussi être capable de reconnaître ses limites. Une chose peut nous apporter beaucoup et devenir problématique lorsqu'elle prend trop de place.

C'est justement là que le discernement devient important.

Je n'ai pas besoin de supprimer complètement une habitude simplement parce que je veux devenir meilleur. Je peux apprendre à mieux la contrôler. Je peux conserver ce qu'elle m'apporte tout en corrigeant ce qui me nuit.

Et je crois que ce principe dépasse largement la question des films et des séries.

Nous avons tous des habitudes, des traits de caractère, des manières de penser et des expériences qui ont participé à la personne que nous sommes aujourd'hui.

Certaines doivent probablement disparaître.
Certaines doivent être corrigées.
Certaines doivent être renforcées.
Et certaines doivent simplement être mieux maîtrisées.

Le danger, lorsque nous voulons énormément progresser, c'est de tomber dans une sorte de guerre permanente contre nous-mêmes. Nous regardons tellement nos défauts que nous finissons par oublier que nous possédons également des qualités.

Nous voulons tellement devenir meilleurs que nous finissons parfois par croire que notre version actuelle n'a aucune valeur.

Pourtant, cette version actuelle est précisément celle qui nous a permis d'arriver jusqu'ici.

Même nos erreurs peuvent contenir une leçon. Même certaines de nos anciennes habitudes peuvent avoir participé à notre construction. Même certaines choses que nous avions l'habitude de faire sans vraiment comprendre pourquoi peuvent, avec le recul, avoir contribué à développer quelque chose en nous.

Alors peut-être que devenir une meilleure version de soi-même ne consiste pas à détruire la personne que nous étions hier.

C'est plutôt apprendre à la comprendre.

Observer ce qu'elle a bien fait.
Reconnaître ce qu'elle a mal fait.
Conserver ce qui mérite de l'être.
Corriger ce qui doit l'être.
Et perfectionner ce qui peut encore grandir.

Je veux continuer à apprendre, à lire, à écrire, à faire du sport, à travailler sur mes projets, à développer mon éloquence et à remettre certaines de mes habitudes en question.

Mais je ne veux plus considérer le changement comme une obligation de devenir quelqu'un d'autre.

Je veux devenir davantage moi-même, mais une version plus consciente, plus disciplinée, plus réfléchie et plus capable de choisir ce qu'elle veut garder.

Parce qu'au fond, évoluer ne signifie peut-être pas effacer son passé.

C'est apprendre à construire son avenir avec ce que son passé nous a laissé.

Évoluer, sans se trahir.

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