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Moi d'abord : ne pas s'oublier dans la course de la vie

Nous avons parfois tellement à faire pour construire notre avenir que nous oublions de construire la personne qui devra le vivre.

À l'ère de la société moderne, nous nous engageons souvent dans des courses parfois interminables. Nous courons pour accomplir les choses attendues de nous, pour atteindre certains objectifs et pour répondre aux exigences de la vie en société. Mais, dans cette course, ne nous arrive-t-il pas d'oublier l'être humain que nous sommes derrière toutes ces obligations ?

Essayons d'imaginer l'histoire d'un jeune garçon.

Il naît, grandit auprès de ses parents, joue avec ses amis, puis commence l'école. Il réussit ses études et passe de classe en classe. Chaque matin, il se lève, se lave, met sa tenue, prend son sac et se rend à l'école. Le soir, il rentre, se repose, puis recommence le lendemain.

Les années passent. Viennent le collège, le lycée, puis l'université. Il suit les règles, travaille et réussit son parcours scolaire. Finalement, il obtient son diplôme, cherche un emploi et finit par en trouver un. Désormais, il se lève chaque matin pour aller travailler, rentre le soir et recommence le lendemain. Les mois deviennent des années, et les années passent.

Entre-temps, il a peut-être fondé une famille, noué des relations, vécu des expériences et accompli bien d'autres choses. Puis, un jour, arrive la retraite.

Il a suivi son parcours, rempli ses obligations et franchi les différentes étapes de sa vie. Mais une question mérite d'être posée : pendant toutes ces années, au-delà de ce qu'il a accompli, a-t-il réellement pris le temps de faire grandir la personne qu'il est ?

C'est une question que je me pose de plus en plus.

Avec le temps et l'observation, j'ai compris que nous suivons parfois des chemins déjà tracés. Nous allons à l'école, nous cherchons un emploi, nous travaillons pour gagner de l'argent et nous essayons de construire une vie stable. Toutes ces choses ont leur importance. L'école nous apporte des connaissances, le travail nous permet de subvenir à nos besoins et la vie en société nous donne un cadre dans lequel nous pouvons évoluer.

Mais je ressens parfois un bémol dans cette manière de vivre.

Nous pouvons tellement nous engager dans cette course que nous finissons par accorder presque toute notre attention aux objectifs à atteindre, aux responsabilités à assumer et aux attentes auxquelles nous devons répondre. Pendant ce temps, une question reste parfois sans réponse : l'être humain que nous sommes est-il en train de grandir au même rythme que notre situation sociale évolue ?

Je prends mon propre exemple.

Moi aussi, j'allais à l'école parce que c'était ce qu'il fallait faire. J'étudiais, je travaillais et je cherchais à réussir. Pourtant, pendant une partie de ce parcours, je n'avais pas véritablement conscience de tout ce que je pouvais faire, en dehors de mes obligations, pour progresser en tant que personne.

Je savais qu'il fallait aller à l'école pour apprendre. Mais je ne mesurais pas suffisamment que je pouvais aussi apprendre à la maison, développer mes connaissances par moi-même, travailler sur mes lacunes, améliorer mes habitudes et cultiver les domaines qui m'intéressaient.

Bien entendu, je ne prétends pas que l'école ne contribue pas au développement personnel. Elle peut nous apporter énormément. Mais je pense que nous devons aussi apprendre à prendre en main les dimensions de notre développement qui ne dépendent pas uniquement du parcours scolaire ou professionnel.

Prenons un instant pour réfléchir.

Lorsqu'une personne est employée dans une entreprise, qu'elle accomplit correctement son travail et qu'elle gagne sa vie, c'est une bonne chose. Mais en dehors de son emploi, prend-elle le temps de s'interroger sur elle-même ? Cherche-t-elle à corriger ses défauts, à comprendre ses lacunes et à améliorer ses capacités ? Prend-elle soin de sa santé, pratique-t-elle une activité physique, lit-elle des livres, explore-t-elle de nouvelles idées ou consacre-t-elle du temps à ce qui la passionne ?

Je ne dis pas que chacun doit nécessairement faire toutes ces choses. Nous avons des situations, des contraintes et des aspirations différentes. Je me demande simplement si nous accordons suffisamment d'attention à notre propre évolution, au-delà de ce que la société attend de nous.

Car il est possible de progresser professionnellement sans progresser autant qu'on le pourrait dans d'autres dimensions de sa vie. Nous pouvons acquérir de l'expérience dans notre travail tout en négligeant notre santé, gagner de l'argent sans développer notre culture générale ou atteindre certains objectifs sans jamais prendre le temps de nous demander ce que nous voulons réellement devenir.

Et si nous apprenions à mieux utiliser le temps qui existe en dehors de nos obligations ?

Je me souviens de ces matins où, plus jeune, je me dépêchais de me préparer pour aller à l'école. Je prenais mon sac, je partais et ma journée suivait son cours habituel. Pourtant, j'aurais aussi pu consacrer quelques minutes à des étirements, prendre soin de mon corps, puis, après les cours et les révisions, lire un livre sur un sujet qui me passionnait, comme l'astronomie, chercher à comprendre de nouvelles choses ou travailler sur une difficulté personnelle.

Bien sûr, je n'aurais pas nécessairement pu tout faire chaque jour. Mais l'idée est là : même lorsque nous avons des obligations, nous pouvons chercher des occasions de faire quelque chose pour nous-mêmes.

Cela peut être lire quelques pages, marcher régulièrement, pratiquer un sport, apprendre une langue, voyager lorsque nos moyens le permettent, découvrir de nouveaux endroits, cultiver une passion ou simplement prendre le temps de réfléchir à notre manière de vivre.

Ces activités peuvent sembler secondaires face aux grandes exigences du quotidien. Pourtant, elles peuvent contribuer à faire de nous des personnes plus cultivées, plus conscientes de nous-mêmes, plus autonomes et plus épanouies.

Mais faire grandir l'être humain derrière toutes ces obligations ne consiste pas uniquement à acquérir des connaissances, à développer des compétences ou à entretenir sa santé. Je pense que cela concerne également quelque chose de plus profond : notre évolution intérieure.

Il s'agit d'apprendre à mieux se connaître, de questionner ses convictions, de comprendre ses émotions, de réfléchir au sens de ses actions et de développer progressivement sa propre vision de la vie. Il s'agit aussi de se demander quel genre de personne nous souhaitons devenir, quelles valeurs nous voulons défendre et ce que nous souhaitons véritablement apporter au monde.

Car nous pouvons accumuler des diplômes, des expériences et des connaissances sans nécessairement prendre le temps de réfléchir à ce que tout cela change en nous. Nous pouvons apprendre beaucoup de choses sur le monde sans jamais chercher véritablement à nous comprendre nous-mêmes.

C'est pourquoi je pense que notre évolution doit être envisagée dans son ensemble. Il y a ce que nous apprenons, ce que nous accomplissons, ce que nous développons en nous-mêmes, mais aussi ce que nous comprenons progressivement de notre existence.

Faire grandir la personne que nous sommes, c'est donc à la fois enrichir notre esprit, prendre soin de notre corps et approfondir notre compréhension de nous-mêmes et de la vie. C'est ne pas laisser passer les années sans chercher, à notre manière et selon nos possibilités, à devenir plus conscients de ce que nous sommes et de ce que nous voulons être.

Voilà pourquoi je pense qu'il est important de se dire : moi d'abord, ma personne d'abord.

Je ne parle pas ici de mépriser les autres, de fuir ses responsabilités ou de faire passer systématiquement ses intérêts avant ceux de tout le monde. Je parle de ne pas s'oublier soi-même en essayant de remplir toutes les attentes extérieures. Il s'agit de comprendre que notre développement personnel mérite, lui aussi, une place dans notre emploi du temps et dans nos priorités.

Car le temps passe. Les années passent. Les circonstances changent. Et lorsque nous regardons en arrière, nous pouvons nous demander ce que nous avons accompli, les objectifs que nous avons atteints et les expériences que nous avons vécues.

Mais une autre question mérite également notre attention : qu'ai-je fait, pendant toutes ces années, pour faire grandir la personne que je suis ?

Ai-je appris à mieux me connaître ? Ai-je développé mes capacités ? Ai-je pris soin de mon corps et de mon esprit ? Ai-je exploré ce qui me passionne ? Suis-je devenu plus conscient, plus cultivé, plus autonome dans ma manière de penser et d'agir ?

Au fond, la société nous propose des chemins, des structures et des objectifs. Nous pouvons nous en servir pour construire notre vie. Mais nous ne devrions pas laisser ces chemins déterminer à eux seuls tout ce que nous devenons.

Nous avons aussi une part de responsabilité dans la personne que nous construisons, jour après jour, à travers nos choix, nos habitudes et le temps que nous décidons de consacrer à notre évolution.

Alors, au milieu des études, du travail, des responsabilités et des nombreuses exigences de la vie, n'oublions pas de nous accorder une place.

N'oublions pas de lire, d'apprendre, de découvrir, de prendre soin de nous et de cultiver ce qui nous fait grandir.

Car réussir sa vie ne devrait pas seulement consister à trouver sa place dans la société. Cela devrait aussi consister à faire grandir l'être humain qui occupe cette place.

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